Pour lire l’intégralité de cet article, merci de vous identifier.
Si vous ne possédez pas encore de compte utilisateur, créez votre accès en achetant la version numérique de ce numéro.

Mot de passe oublié ?
English

Voir ou lireL’héritage pédagogique de Jacques Bertin

Stéphane Buellet, Roberto Gimeno & Anne‑Lyse Renon

Discussion entre

Le Laboratoire de Cartographie, fondé par Jacques Bertin en 1954, devenu le Laboratoire de Graphique en 1974 (fermé en 2000), articulait de manière inédite production d’images scientifiques, représentation de données et recherches en sciences sociales. Le caractère précurseur des travaux du Laboratoire, manifeste au travers des ouvrages de Bertin, est désormais internationalement reconnu. La « sémiologie graphique » de Jacques Bertin est une source clef dont se revendiquent aujourd’hui non seulement des cartographes, mais aussi des spécialistes de l’analyse visuelle des données et du design graphique .

Sur le plan pédagogique, des recherches sur les usages possibles de la Graphique dans l’enseignement ont été menées au Laboratoire de Graphique de l’EHESS dès 1976 par Roberto Gimeno, alors collaborateur de Jacques Bertin. Ces expériences ont été réalisées avec des classes de différents niveaux en école primaire et au collège. Les élèves ont été amenés à construire des matrices et des cartes informatiques pour découvrir des typologies, inventer des concepts et accéder ainsi à de nouvelles connaissances . La chercheuse Anne-Lyse Renon et le designer graphique Stéphane Buellet se sont entretenus avec Roberto Gimeno pour mesurer, à plus de trente ans d’écart, l’héritage pédagogique du Laboratoire de Graphique.

Anne-Lyse Renon Roberto, vous avez été amené à travailler avec Jacques Bertin dans les années 1980. Comment en êtes-vous venu à cela ?

Roberto Gimeno J’ai enseigné comme instituteur en Uruguay pendant plus de dix ans. J’ai toujours été intéressé par l’image et j’ai pu accéder par concours à un poste de producteur et réalisateur à la télévision scolaire de l’Éducation nationale française. Deux ans plus tard, j’ai obtenu une bourse du gouvernement français pour me spécialiser en techniques et méthodes audiovisuelles dans le cadre de l’Institut national de la recherche pédagogique (INRP) à Paris. C’est là que j’ai rencontré le sociologue et linguiste Louis Porcher qui m’a fait connaître les travaux de Jacques Bertin, qui dirigeait alors le Laboratoire de Graphique à l’EHESS, fondé en 1954. Jacques Bertin m’a accepté comme étudiant en 1974 et m’a proposé, comme sujet de thèse, de mettre en relation mes formations pédagogique et de graphicien. C’est ainsi que le projet de recherche de l’utilisation de la Graphique dans l’enseignement est né et que j’ai eu accès à des écoles à Neuilly, Levallois, en Seine-Saint-Denis, etc. Par la suite, le réseau s’est étendu. J’ai été invité à animer des stages sur l’utilisation de la Graphique dans l’enseignement, sur le traitement matriciel et la représentation de l’histoire, sur la cartographie, etc. De nouveaux enseignants s’intéressaient à ce sujet, les expériences se multipliaient.

Quand nous avons commencé ces travaux, l’ordinateur personnel n’était pas abordable. La question des outils infographiques s’est posée très vite pour remplacer les opérations manuelles de découpage et de collage afin d’effectuer les traitements matriciels directement à l’écran  ; c’est-à-dire de visualiser des tableaux à double entrée permettant les permutations des lignes et des colonnes pour effectuer des classements. Le premier ordinateur était un Micral 80-22G (1978) de l’entreprise française R2E, pour lequel Jean-Michel Fras et Pierre-Yves Vicens, de l’École Normale de Livry-Gargan, avaient créé un premier outil infographique qui permettait le classement des lignes et des colonnes d’une matrice et la réalisation de cartes. Ce premier outil a été amélioré et redéveloppé pour les TO7, TO7-70 et le nanoréseau de Thomson, qui fa…