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Bulles, lignes et filsComment la visualisation de l’information façonne-t-elle la société ?

Peter Hall

Traduit de l’anglais
par Marie-Mathilde Bortolotti

Étonnamment, la visualisation de données est devenue une forme de divertissement de masse. En 2006, lors d’une conférence TED (Technology, Entertainment, Design), le professeur de santé publique Hans Rosling présenta pour la première fois ses graphiques animés géants composés de bulles flottantes  qui remettaient en cause les idées reçues les plus répandues sur l’espérance de vie et la taille des familles. Il fut accueilli par des cris d’enthousiasme et une salve d’applaudissements. Depuis, la vidéo de sa présentation a été vue par 2,8 millions d’internautes, ce qui la place en septième position des conférences TED les plus regardées de ces cinq dernières années. « Les diverses statistiques du monde n’ont pas été rendues dûment accessibles », affirmait Rosling. « Les graphiques animés peuvent changer la donne 33 Hans Rosling, « Hans Rosling’s New lnsights on Poverty », conférence TED, mars 2007, http://b-o.fr/rosling-poverty. »

Les données offrent à la science les moyens de progresser, à la législation, ceux de changer et à la société, ceux de progresser ; elles sont les ennemies des chasses aux sorcières, du fanatisme et de l’ignorance (sans parler du créationnisme). Mais les données sont toujours rassemblées à un moment T et dans une intention précise ; pour être utiles, elles doivent être exploitées, analysées et présentées. Chaque étape de ce processus implique des décisions relatives à ce qui doit être laissé de côté et ce qui doit être mis en avant. Pourtant le résultat final, la visualisation, possède une autorité, une intemporalité et une objectivité qui font mentir ses origines. Curieusement, ce fait n’est pas pris en compte dans le discours, par ailleurs très riche, autour de la visualisation de données et du design de l’information. [La spécialiste des visual studies (études visuelles)] Johanna Drucker, a fait remarquer que les designers d’information ne tiennent presque pas compte de ce qu’elle considère comme des problèmes théoriques :

« Leur pratique est sous-tendue par le postulat empirique selon lequel ce qu’on voit est ce qui est là. Le caractère évident des entités graphiques ; lignes, signes, couleurs, formes — n’est jamais interrogé en lui-même, quelle que soit l’ampleur de la critique qu’on puisse faire des paramètres en fonction desquels ces entités sont générées ou étiquetées. L’idée que les images elles-mêmes puissent être dialectiques, produites comme des artefacts d’échange et d’émergence, est étrangère aux domaines de l’ingénierie et du design de l’information